[EXCLU] Interview privée de John Barresi

@Henri Dancy

Bonjour à tous,
Addict Kite, et en particulier Fabien Cognet, ont pu interviewer John Barresi.
Un immense merci à Fabien et John pour ce bel échange.
L’équipe d’Addict Kite.

En tout premier lieu, peux-tu faire une courte autobiographie de ta vie de cerf-voliste ? Quel âge as-tu, quand as-tu commencé à faire du cerf-volant ? Dans quelles catégories as-tu concouru et quelles récompenses as-tu obtenu ?

J’ai 42 ans et en août 1990, à l’âge de 15 ans, j’ai vu quelqu’un qui faisait voler un cerf-volant deux lignes de team, l’Hawaïen. Après que je lui ai posé quelques questions, il m’a autorisé à l’essayer et ce fut l’amour dès le premier vol, le coup de foudre. J’ai commencé le quatre lignes seulement un mois plus tard et ce fut quasiment le même amour.

Mon premier titre national fut champion des états unis en 1992 dans la catégorie “expert deux lignes” en ballet et en précision. J’ai aussi obtenu le trophée de «rising star» (étoile montante) de l’american kite magazine la même année. Je suis passé en catégorie master en 1993 et j’ai obtenu de bons résultats en deux lignes et en quatre lignes et j’ai aussi été invité à rejoindre mon premier team master.

Entre 1992 et 2016, j’ai obtenu un total de 26 titres de champion des USA en individuel, paire et team aussi bien en deux lignes qu’en quatre lignes. Maintenant je me retire des compétitions pour plusieurs années, y retournant seulement de temps en temps pour tester mon habileté et me confronter à de nouveaux pilotes.

 Tu voles en deux lignes et en quatre lignes. Penses-tu qu’il y ait une différence de « courbe d’apprentissage » ? Certains disent que le quatre lignes est plus difficile pour le débutant. En est-il de même pour le maître ?

Pour moi, la réponse est vraiment en deux parties.

Si quelqu’un achète un deux lignes et un quatre lignes et essaie d’apprendre seul sans information, il est plus facile d’obtenir les compétences de base en deux lignes. Mais si la même personne achète ces deux cerfs-volants et prend des cours ou étudie activement des tutoriels, il est plus facile d’arriver à la maîtrise du quatre lignes.

En fait, le deux lignes nécessite une sorte d’habilité athlétique ou une “énergie Kung Fu” pour devenir vraiment efficace alors que le quatre lignes se joue principalement dans les mains donc même un gars âgé dans un fauteuil roulant pourrait y arriver.

© Henri Dancy

Quelle est la performance la plus impressionnante à laquelle tu aies assisté comme spectateur ?

Alors que j’étais dans la catégorie expert en 1992 j’ai vu le compétiteur master Scott Aughenbaugh (membre du team High Performance) faire son ballet habituel sans vent en faisant 6 ou 7 360° avec des lignes longues et ce qui m’a vraiment impressionné ce furent son endurance athlétique et son déni absolu des conditions de vent. Il a créé ses propres bonnes conditions alors que tous les autres concurrents demandaient des «wind check» et cela m’a réellement impacté. Cela m’a aidé à créer mon style et ma détermination à voler dans toutes les conditions.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans le monde du quatre lignes ?

 La catégorie quatre ligne est celle dans laquelle j’ai obtenu les meilleurs résultats pendant de nombreuses années mais il y eut une forte évolution en 2006 quand je suis venu juger la coupe du monde à Berck s/ Mer. Avant le voyage, mon ami David Hathaway (avec lequel je voyageais) me dit de me procurer des lignes de quarante mètres pour les activités de «megateam quatre lignes». C’est là que nous avons connu le phénomène megateam avec des équipes comme les FLIC ou le Flying squad.

© Dan Frolunde

Après cela, David et moi nous sommes rentrés à la maison et avons aussitôt créé une équipe de quatre lignes nommée  iQuad. Avec cette nouvelle équipe nous avons enseigné et disséminé la popularité du megateam quad en Amérique du nord et nous avons tourné de façon intensive, volant et enseignant dans environ 150 festivals dans le monde entier pendant les sept années durant lesquelles notre équipe a été active (2006-2013).

J’ai aussi été le leader des deux derniers records du monde avec 64 cerfs-volants/pilotes en 2010 et 81 cerfs-volants/pilotes en 2013, les deux fois lors du festival international de cerf-volant de l’état de Washington. C’est toujours le record du monde au moment de cette interview. J’attends toujours de voir 100. Peut-être que j’en serai à nouveau le leader si rien n’a lieu avant mais j’espère qu’il y aura une nouvelle tentative en Europe.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans le monde du deux lignes ?

En plus de mon expérience en individuel, j’ai aussi volé avec trois teams master : Air Art (1993), Invisible Wind (1995) et Captain Eddie’s Flying Circus (1997). Les trois se sont qualifiés pour la coupe du monde mais je n’ai pas de titre de champion du monde. C’est toujours sur ma liste de souhaits.

Honnêtement, la prolifération des tricks a vraiment changé le cerf-volant deux lignes aux USA. La plupart de nos pilotes n’apprennent plus les fondamentaux de vol de précision et je pense que cela a rendu la compréhension du cerf-volant pour le public plus difficile et miné l’habileté nécessaire pour faire des teams compétitifs. Quelle que soit la raison, le deux lignes a été principalement une activité de loisir pour les pilotes américains avec très peu de compétiteurs de classe mondiale dans les dix dernières années et encore moins de teams.

Personnellement, deux de mes pilotes deux lignes préférés sont Richard Debray et Carl Robertshaw. Ce sont deux des pilotes derrière lesquels je m’assiérai toujours pour régarder leur performance quand j’en aurai l’opportunité. Pour moi, Richard est le meilleur compromis entre les tricks et la précision et Carl est un vrai «super pilote» avec une très large gamme d’habiletés comme moi – deux lignes, quatre lignes, indoor, reverse – presque tout ce qui touche aux deux ou quatre lignes, il peut retrouver son niveau très rapidement pour faire face à un challenge.

Deux lignes – https://www.youtube.com/watch?v=WgFzz_upOT0

Quand on a volé dans un team, n’est-ce pas un peu ennuyeux de voler seul ?

L’aspect social du team est impressionnant ainsi que le contexte et le challenge dû au fait de partager le ciel avec d’autres objets volants mais j’aime tous les types de vols qui ne sont pas courants (vanillia)… team, indoor, reverse, plusieurs cerfs-volants, urbain, vent difficile, tout ce qui rend le vol plus «épicé», je pense que la variété est l’épice du cerf-volant et j’aime toutes les sortes de cerfs-volants. Cette large expérience améliore toute les habilités individuelles même quand elles sont très différentes.

© Kathy Martinelli Zaun

Le team quatre lignes est particulièrement accessible et pardonne beaucoup, c’est très tranquille et facile à apprendre. Le team deux lignes est très «hard core», pas de pause, cela demande vraiment de l’entrainement et de la passion pour être bon.

Tu es aussi un pilote indoor bien connu. Comment décrirais-tu les spécificités de ce type de vol ? Avantages et désavantages.

 J’ai commencé l’indoor en 1992 après avoir appris que David Brittain avait fait voler son cerf-volant indoor quatre lignes pour un record de plus de 4 heures de vol ininterrompu. Au début ce n’était pas une grande passion pour moi mais mon amour du vol indoor avec deux, quatre ou une seule ligne s’est accru au cours des 10-15 dernières années. J’aime aussi beaucoup voler en indoor avec ma femme TK.

Les avantages sont les suivants :

  • Pas besoin de s’inquiéter des bonnes ou mauvaises conditions ;
  • Le pilote devient comme un danseur avec le cerf-volant. Ils orbitent et bougent ensemble.

L’inconvénient est qu’avec des lignes courtes la toile est beaucoup plus petite. Avec des lignes longues, on a plus de vocabulaire, un espace à peindre plus grand.

Indoor quad – https://www.youtube.com/watch?v=OJ6M9eNLanA

Indoor team – https://www.youtube.com/watch?v=089E5hFlgek

Indoor paire – https://www.youtube.com/watch?v=WShXJ3dHvcU

Indoor monofil glider – https://www.youtube.com/watch?v=pab51Ub_tVk

© Team KiteLife

Que fais-tu en ce moment ? Quand voles-tu ?

Désormais je passe beaucoup de temps chaque année pour enseigner professionnellement lors de leçons privées (pour des compétiteurs ou des pilotes loisir), des «squad clinics»* sous haute pression pour des entrainements intenses d’équipes et des groupes plus grands (plus de 12 «étudiants»)… Pour dire vrai, j’aime toujours profondément toutes les facettes du cerf-volant mais je pense que l’enseignement est maintenant ma plus grande passion.

Le monde du deux lignes et du quatre lignes est en érosion depuis de nombreuses années, particulièrement aux USA et j’essaie de partager mes connaissances et compétences accumulées depuis 27 ans pour deux raisons :

  • J’aime ce que les cerfs-volants font aux gens. Cela nettoie ton esprit et ton corps ; nous avons en avons besoin.
  • En plus, je veux voir le monde du cerf-volant pilotable grossir à nouveau.

Chez moi je ne vole pas beaucoup mais j’ai volé pendant 27 ans donc je n’ai pas besoin de m’entrainer tous les jours… Quand je vole à la maison c’est le plus souvent avec des lignes courtes sur mon quai favori ou à d’autres endroits urbains inhabituels.

Je vole encore beaucoup en participant à 15 à 25 festivals et “clinics”* chaque année.

La vérité c’est que j’aime vraiment quand il n’y a pas de vent ou lorsque les conditions ne sont pas parfaites. Il y a quelque chose à affronter, un vrai challenge. Dans des conditions difficiles, ce genre de difficulté peut nous donner de la puissance si on cherche des opportunités pour la surmonter.

Mon style urbain local – https://www.youtube.com/watch?v=619KOJA_b9o

Tu fais beaucoup de vidéos. Nous ne les avons pas en France ? Penses-tu qu’elles pourraient être traduites en français ?

Chaque année je fais deux sortes de vidéos :

  • Des vidéos avec de la musique pour montrer le côté “cool” du cerf-volant pour attirer de nouveaux pilotes et pour donner de l’inspiration à certaines des personnes qui volent déjà.
  • Des tutoriels sur YouTube dont beaucoup ont des sous-titres en français (Il faut regarder l’option “CC” de la playlist ou les télécharger depuis la zone “membres” de com) destinés à stimuler et aider les nouveaux cervolistes… Elles n’ont pas toutes des sous-titres en français mais j’essaie de les faire de telle façon que les locuteurs de différentes langues puissent apprendre en les regardant.

Tutoriels gratuits à l’extérieur – http://goo.gl/16Sxbs

Tutoriels gratuits indoor – http://goo.gl/ya79Vz

Liste de tous les tutoriels – http://learnkites.com

© Steven Lee Cher

Tu viens en France en septembre. Que feras-tu ? Serait-il possible de te rencontrer ?

Oui, je suis actuellement en voyage au Royaume Uni, au Danemark et en Franec avec ma famille (ma femme TK et mon fils Luca) pour deux festivals et deux “clinics”*. Nous avons pratiquement terminé au moment de cette interview et nous sommes juste arrivés à Marseille pour la fête du vent où nous partagerons et ferons des démonstrations les 16 et 17 septembre.

Nous volerons aussi à Bagatelle le 19 septembre lors d’une rencontre informelle avec tous les pilotes qui voudront partager du temps et des rires avec nous. Tout le monde est le bienvenu à ces deux événements. C’est toujours un plaisir pour moi de rencontrer de nouveaux amis cervolistes et de partager des expériences avec eux.

Comment vois-tu ton futur dans le cerf-volant ? As-tu des projets ? Que pouvons-nous te souhaiter pour le futur ?

Il y a trois sujets principaux :

  • Un : je travaille pour développer un nouveau cerf-volant quatre lignes et j’espère le rendre disponible dans les 12 prochains mois, mais comme le savent toutes les personnes créant des cerfs-volants, c’est un processus naturel et je ne peux pas encore donner de calendrier pour ça mais je suis très excité.
  • Deux : je me prépare à étendre la collection des tutoriels de Kitelife. Je voudrais couvrir chacun des aspects dont ceux des quatre lignes, indoor, figures et ordres pour les équipes, reverse… Je veux capturer autant que possible de mes 27 années de profonde connaissance du cerf-volant et les rendre accessible aux pilotes pour qu’ils en tirent bénéfice. Pour ceux qui ne le savent pas, KiteLife est le plus grand site web lié au cerf-volant avec un forum, une collection interrompue de magazines (Stunt Kite Quarterly, Kite Lines en PDF), les collections de tutoriels et les archives électroniques de notre propre magazine publié de 1998 à 2014. C’est le support de mes efforts ainsi que ma propre marque.
  • Trois : j’ai une nouvelle équipe formée en 2016 : j’ai monté Team KiteLife avec 3 pilotes des USA (Scott Benz, Eli Russell et Brett Marchel), nous habitons dans quasiment trois coins de notre pays et ne pouvons nous rencontrer que lors de festivals mais ces pilotes ont très faim et sont déterminés. C’est la raison pour laquelle je les ai choisis. C’est aussi pour leur amour de tous les cerfs-volants et leur volonté de partager avec les autres. C’est un projet en développement mais nous volons en deux et quatre lignes, indoor, reverse, urbain, presque toutes les disciplines dont j’ai déjà dit que je les aimais… C’est un team très jeune en ce qui concerne l’expérience mais je pense qu’ils n’ont pas de limite et je suis vraiment impatient de voir ce que nous pourrons faire dans les années à venir.

En conclusion je veux dire aussi que j’aime ce que fait l’équipe derrière AddictKite. C’est très important pour une communauté qui n’a que très peu de pilotes professionnels et de publications. Il est de notre responsabilité de reconnaitre, promouvoir et partager l’information autant que possible et AddictKite représente cela parfaitement. Merci beaucoup pour cette opportunité de parler et de partager certains de mes enthousiasmes avec vos lecteurs. C’est un honneur.

 

Description des « clinics » : pour mes «clinics» normaux, en deux ou quatre lignes, le premier jour commence généralement avec deux heures de connaissance profonde et de théorie pour aider les élèves à comprendre aussi bien la «machinerie» que l’espace dans lequel elle évolue. Après cette introduction, les élèves se dispersent avec leur équipement personnel et je vais les voir individuellement pour leur fournir de l’assistance. Le deuxième jour commence avec des sujets inhabituels comme le reverse, le freestyle, le lancer-rattraper quand c’est possible et d’autres sujets moins fondamentaux, puis de l’assistance plus personnalisée et cela finit généralement par diverses formes de team (petit ou mega). Il faut bien comprendre que l’information et l’entraînement ne représentent réellement que la moitié de la recette. L’équilibre dynamique est la vraie construction d’un team, c’est de la socialisation humaine naturelle et de la construction de groupe. Cette dernière partie est réalisée sans prétention, c’est un procédé complètement naturel qui ne doit pas interférer avec l’espace privé de chacun. Les «squad clinics» (un petit team) sont souvent beaucoup plus intenses, ils visent à construire et former des pilotes pour devenir des pilotes de team expérimentés en un seul week-end.

 

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