Interview de Carl Robertshaw (FR/EN)

Bonjour à tous
Aujourd’hui nous vous proposons une interview exclusivité du célèbre Carl Robertshaw, une interview réalisé dans la totalité par notre reporter Fabien Cogniet. Il nous livre là un excellent article avec une qualité vraiment bien. Il vous fournie la traduction en français pour le fun.
Encore merci Carl et Fabien
L’équipe d’Addict Kite leMag

 

English version

 

Tout d’abord, peux-tu nous faire une autobiographie de ta vie de cerf-voliste ? Quel âge as-tu, quand as-tu commencé à voler ? Dans quelles catégories as-tu concouru et quelles récompenses as-tu obtenues ?

J’ai toujours été attiré par les choses qui volent : oiseaux, avions, cerfs-volants. J’ai fait des cerfs-volants et des maquettes d’avion quand j’étais petit et je pense que mon premier cerf-volant date de quand j’avais 3 ans. J’ai fabriqué mon premier cerf-volant moderne (avec du rip-stop et de la fibre de verre) quand j’avais 15 ou 16 ans. Après une visite au magasin de cerf-volant de Londres « The Kite Store » où j’ai vu ces incroyables cerfs-volants de sport high-tech exposés avec des magazines et des vidéos de compétitions aux USA j’en voulais plus ! Je suis reparti avec du matériel et des barres pour faire les miens. À ma grande surprise ils volèrent et cela me donna un grand sentiment d’accomplissement. Un ami de ma mère me donna une vieille machine à coudre qui ne fonctionnait pas et, fasciné par la façon donc fonctionne les choses j’ai passé deux semaines pour comprendre comment elle fonctionnait et la faire marcher à nouveau. J’ai fait deux autres cerfs-volants avec cette machine et ils volèrent aussi. J’étais enchanté et commençai  à être obsédé par cette nouvelle passion. Les vidéos de « Great Lakes » et des magazines comme SKQ et « American Kite » montraient ces compétitions avec ces cerfs-volants de sport très avancés et il fallait que j’en apprenne plus.

J’ai déménagé pour Londres l’année suivante pour commencer l’université et par hasard c’était tout près du magasin « The Kite Store ». J’y allai tous les jours posant des questions et mesurant les cerfs-volants sur les murs et fabriquant mes propres cerfs-volants ! J’ai participé à quelques compétitions locales mais je n’ai pas remporté le moindre prix pour mon vol ! La seule chose que j’ai gagnée fut un « New Sandpiper » de Chris Matherson comme prix pour la meilleure attitude à l’une des compétitions. J’étais ravi.

Pendant ma première année d’université J’ai eu la chance de participer à un programme d’échange avec l’université de la NSW (Nouvelle Galles du Sud) en Australie. J’ai dépensé tout l’argent que j’avais pour acheter un tour du monde en avion qui m’amènerait à Hawaï sur le chemin aller vers l’Australie et à San Diégo pour le retour. J’ai pu aller voir High Performance à Hawaï et Top of the Line à San Diégo.

Je suis parti 6 mois durant lesquels j’ai volé tous les jours, participé au championnat d’Australie (Il y avait plus de 80 participants rien qu’en individuel à l’époque) et j’ai gagné !

J’ai appris tellement de choses pendant que j’étais parti que j’étais complètement accroc à mon retour à Londres, Je voulais vraiment voler en team. J’ai rencontré Jeremy et Nic qui venaient juste de quitter un team et nous avons décidé de monter Airkraft.

Airkraft a gagné toutes les compétitions la première année en 1993 et finit deuxième derrière High Performance de la coupe du monde à Barkley aux USA. En 1994 nous avons changé les positions dans le team et mon frère James est entré dans le team. Cette année-là nous avons gagné la plupart des compétitions et nous fûmes une nouvelle fois deuxièmes à la coupe du monde. En 1995 nous avons obtenu le titre mondial et nous fûmes la première équipe non étatsunienne à gagner ce trophée. Nous avons continué à participer à des compétitions pendant deux ans encore.

Je ne me rappelle pas des statistiques exactes mais je pense que nous fûmes toujours dans les deux premiers de l’ensemble des compétitions auxquelles nous avons participé.

Mon frère et moi nous avons fait des compétitions en paire sous le nom de Pairkraft puis Evolver et nous avons gagné toutes les compétitions auxquelles nous avons participé en 1999 et 2000. (Cela inclut les compétitions à Great Lakes et Wildwood aux USA)

Plus récemment j’ai participé à des compétitions avec les Scratch Bunnies avec lesquels j’ai gagné 3 titres de champions du monde consécutifs. Au total j’ai gagné la coupe du monde 5 fois avec deux teams différents et en individuel quatre lignes. J’ai aussi gagné en individuel le championnat britannique et la coupe d’Europe 10 fois. Je me suis retiré deux fois de la compétition et je cherche à encadrer des équipes à nouveau à la coupe du monde comme je l’ai fait en 2016.

 

Crédit photo : Davide Baroni@2015

Tu n’es pas seulement un cerf-voliste ! Que fais-tu d’autre ? Quel travail fais-tu ? Où habites-tu ? As-tu d’autres passions ?…

Non je ne suis pas seulement un cerf-voliste.  J’aime les cerfs-volants, les concevoir et les fabriquer, et je fais plus de monofils que de cerfs-volants de sport même si la plupart des gens me connaissent pour mon engagement dans le monde du cerf-volant de sport.

Je vis à Londres et je travaille comme désigner freelance pour des événements en direct et des événements artistiques. La plus grande partie de mon travail de designer est fondé sur ma connaissance acquise dans le monde du cerf-volant et avec ma formation artistique j’ai une bonne connexion avec les arts et les représentations artistiques. Je travaille principalement dans des équipes montées spécifiquement pour chaque projet et je peux travailler sur plusieurs projets simultanément donc il n’y a pas deux journées identiques. Pour expliquer de la meilleure façon ce que je fais je trouve que c’est plus facile d’expliquer avec des photos. Mon site web sert de portfolio pour expliquer le travail que je fais :

www.carlrobertshaw.com

J’aime travailler avec de bonnes personnes et ce sont toujours les personnes qui font le boulot. Je n’accepte pas un projet si je ne pense pas que les gens sont bons quelle que soit la qualité apparente du projet et vice-versa.

J’ai un bureau séparé ainsi qu’un bureau à la maison. Je peux travailler souvent en dehors de chez moi puis travailler pendant des jours chez moi donc même si je travaille comme membre d’une équipe je travaille avec mes propres horaires et j’ai besoin de me motiver moi-même pour garder les projets vivants.

J’avais des amis du cerf-volant étrangers à la maison il y a quelques temps et la première chose qu’ils ont dite est « tu n’as pas de cerf-volant ici ?! » Ils étaient vraiment surpris que je n’aie pas de cerf-volant exposé à la maison. J’ai des peintures d’amis sur les murs et j’aime passer du temps avec eux, marcher dans la campagne, dessiner et peindre.

 

Tu voles depuis plus de 20 ans. Quel est ton secret ? Comment vois-tu l’évolution du cerf-volant depuis les années quatre-vingt-dix ? Que penses-tu de l’évolution du niveau des compétitions ? De la coupe du monde de team par exemple ?

Où vas le temps ? Je n’ai pas l’impression d’avoir volé depuis autant d’années mais quand tu penses à tout ça, ça paraît effectivement être une longue période ! Le secret – il n’y a pas de secret. Il y a beaucoup de dur travail et de détermination qui va avec le « succès » dans toutes choses. Si tu étudies n’importe quel expert dans une thématique choisie, il aura fait tellement d’erreurs, appris tellement de leçons. Ils ont simplement plus de connaissance et d’expérience que ceux avec lesquels on peut les comparer. J’ai eu la chance de travailler avec d’incroyables metteurs en scènes et artistes pendant ma carrière et cela me renforce dans l’idée qu’il y a 99% du dur labeur et 1% de chance.

En ce qui concerne les compétitions de cerf-volant et l’évolution de leur niveau, je pense que nous assistons à un renouveau du sport. Les choses suivent des cycles et il a eu une période de boom des années 90 aux années 2000. Nous arrivons à la fin des années 2010 et nous arrivons aux années 2020 où je pense que nous verrons une nouvelle création de ce à quoi le cerf-volant de sport ressemble. Il y a une population vieillissante de cerfs-volistes durs à cuire « à la retraite » qui vivent dans le passé. La nouvelle école de pensée regarde vers l’avant et laisse la vieille école derrière. Les nouveaux cerfs-volistes  développent déjà cette nouvelle façon de penser et je trouve ça réellement excitant que nous allions voir l’explosion de nouveaux talents. C’est excitant pour le futur.

 

Tu pilotes en deux et quatre lignes. Penses-tu qu’il y ait une différence dans la courbe d’apprentissage ? Certains disent que le quatre lignes est plus difficile pour le débutant. En est-il de même pour le « maître » ?

Je pense que ça dépend des individus et qu’il est difficile de généraliser ; et cela dépend aussi des niveaux individuels d’expérience et de compréhension. Cela dépend aussi du cerf-volant. Certains cerfs-volants pardonnent plus et d’autres sont réellement exigeant et ne conviennent pas à un débutant ou un expert. La chose la plus importante est de ne pas abandonner seulement parce qu’une chose est difficile. Cela peut être difficile (ou facile) mais la récompense quand on y arrive est fantastique. Cela n’arrivera peut-être jamais mais au mon on essaie, et essaie, et apprend…

 

Quelle est la performance la plus impressionnante à laquelle tu as pu assister comme spectateur ?

(oulà ! ça c’est une question. Je dois réfléchir une minute pour y répondre !)

J’en ai plusieurs au sommet de ma liste.

Le sommet de la liste est certainement la précision de Top of the Line en 1992 à la coupe du monde à Odawara au Japon. (J’y ai assisté en direct ayant économisé assez d’argent en fabriquant des cerfs-volants quand j’étais étudiant en Australie pour pouvoir aller au Japon pour voir cette compétition.)

Cette performance est la meilleure routine de précision qui ait jamais été écrite ET volée. Quand on déconstruit la routine on réalise la magie dans la façon dont elle est écrite, comment les transitions sont construites et l’habileté avec laquelle toute la routine est « tissée ». C’est mon inspiration chaque fois que je fais référence au vol en équipe.

La précision de Ninja à Berkley aux USA en 1993 était impressionnante et leur contrôle de la vitesse était « hypnotisant ».  Je n’arrive pas à en trouver une vidéo en ligne et n’ai donc que mon vague souvenir de celle-ci et j’ai essayé d’imiter certains de leurs mouvements en écrivant des routines.

Au cours des années, High performance était excitant et plaisait toujours au public. Leur énergie et leur art dramatique tirait toute l’émotion des spectateurs.

La routine à 6 de Cerf-Volant Folies à Berck volant sur Moulin Rouge avait la même émotion brute et la même charge émotionnelle et leur chorégraphie élégante égalait celle de High Performance.

Il y en a beaucoup d’autres et il y a quelques temps j’ai fait une chaine youtube spécialement comme une référence pour recenser toutes ces routines pour qu’elles soient faciles à trouver en un seul endroit.

 

Crédit photo : Davide Baroni@2014

Après avoir volé en équipe n’est-il pas  un peu ennuyeux de voler seul ?

Non. J’aime ça. Je ne peux parler que de mon point de vue. Voler en team demande beaucoup de travail, d’organisation, de patience et d’entraînement avant de pouvoir avoir un cerf-volant dans les mains. Il y a plus de travail en dehors du terrain que sur celui-ci quand on s’implique dans le vol en team (au moins que je suis impliqué !).

Quand je vole seul, ce qui fut le cas ces quelques dernières années pour faire des démonstrations à des festivals ou pour tester des prototypes, je trouve cela beaucoup plus facile car je suis le seul à organiser et auquel je dois faire plaisir. Pour faire des routines en individuel, j’improvise sur la musique ce qui est une façon beaucoup plus libre de voler que cela est possible en team.

 

Peux-tu nous parler du nouveau quatre lignes, me fulcrum ? Quels sont ses avantages et inconvénients comparé à un révolution ?

J’imagine que cette question va beaucoup revenir. Le Fulcrum est basé sur une façon de penser différente de celle du révolution donc les mêmes critères ne s’appliquent pas exactement. Le Fulcrum est conçu à partir des quatre lignes. Il n’est pas basé sur une conception précédente même si les gens vont le comparer aux conceptions antérieurs ce qui est compréhensible. Le Fulcrum a l’avantage d’avoir une courbe d’apprentissage en terme de réussite très élevée pour le débutant. Il est plus intuitif et conserve sa géométrie. (C’est à dire que ses ailes ne se plient pas et qu’il ne part pas dans une spirale de la mort. De plus on peut le récupérer depuis n’importe quelle position sur au sol.)

Parce que le Fulcrum a une voile totalement conçue en 3D avec un logiciel de CAO (c’est-à-dire qu’il a des surfaces de vol concaves et convexes) il peut faire des tricks que les deux lignes peuvent faire. Il conserve sa forme dans différentes orientations ce qui aide à rendre ses rotations prédictibles. Cela signifie aussi que les changements de direction en vol se font sans délai et qu’il a aussi une grande précision du contrôle de vitesse et de la précision.

Un autre avantage du Fulcrum c’est que c’est un cerf-volant de sport sérieux qui regarde vers le futur et non désespérément vers le passé.

 

Que fais-tu pour le moment ? Quand voles-tu ?

J’ai volé plus que d’habitude cette année car j’ai testé les prototypes finaux de production du Fulcrum. Pour le moment j’ai plusieurs projets professionnels qui m’occupent et ont besoins de beaucoup d’attention. Je n’ai pas fait voler un cerf-volant depuis août et la prochaine fois que j’en ferai devrait être à la mi-janvier. Cela peut laisser supposer que je ne veux pas sortir voler mais quand je le ferai je l’apprécierai vraiment.

 

Comment vois-tu le futur du cerf-volant ? As-tu des projets ? Que pouvons-nous te souhaiter pour le futur ?

Carl Robertshaw

Le futur est inconnu et nous pouvons seulement travailler pour le rendre le meilleur possible. Je pense que la compétition va prendre une nouvelle forme, de nouveaux teams vont apparaître qui nous montrerons des choses que nous ne pensions pas possibles. J’aimerais que le Fulcrum fasse partie du futur du cerf-volant – à l’intérieur et à l’extérieur du sport – et j’attends de voir ce que les pilotes peuvent faire avec. J’ai des projets en tête pour des installations à Cervia l’année prochaine et un nouveau monofil sur lequel je travaille.

Un projet sur lequel je travaille est pour un grand théâtre de marionnettes de rue avec une grande conception de cerf-volant et de montgolfière, une architecture en tenségrité et de la production théâtrale. Regarde cet espace !!

 

Y a-t-il autre chose que tu aimerais dire à nos lecteurs ?

Regardez en l’air ! C’est bon pour votre âme.

 

Merci Carl Robertshaw

de Fabien Cogniet pour Addict Kite le Mag.

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