Interview exclusive avec le nouveau Champion d’Europe 2017 STACK en Individuel 2 lignes

Petite présentation de Mathieu MAYET :
« Bonjour, ici Mat, 37 ans, j’ai commencé à voler à l’âge de 13 ans sur le Plateau de Gergovie (63), j’ai gagné mon premier Championnat de France en 2001 à Douarnenez (29). J’ai ensuite déménagé sur le Morbihan en 2004 où je réside depuis ce jour. Pour pouvoir progresser, il fallait que je puisse bénéficier de conditions de vent exceptionnelles. Ici on peut voler par toutes les directions de vent, de 0 à 50km/h, toute l’année. Le choix du Morbihan était inévitable, voire presque logique !

Alors Mathieu, explique-nous, comment as-tu préparé ce championnat d’Europe ?
C’est un ami qui m’a passé le message il y a 1 ou 2 mois en me disant “Hey Mat, il y a la coupe d’Europe à Dunkerque, vu que tu l’as gagné en 2015, tu es sélectionné !”. Je me suis vite mis en tête de trouver une nouvelle musique, car je n’aime pas trop garder longtemps le même ballet. En quelques jours, je mettais la main sur un ballet que j’avais voulu faire il y a longtemps mais que j’avais mis de côté (trop bizarre pour l’époque sans doute…).
J’ai ensuite organisé mon temps pour me dégager 15 jours de frais et disponibles avant la compétition. À J-15, j’ai commencé le découpage de la musique, à J-10, les premières esquisses sur papier et les tests sur la plage avec mon matériel. À J-3, je décidais de la forme totale et définitive du ballet.
Sachant que ce ballet présentait un risque au niveau de mon choix musical, j’ai également décidé de mettre le paquet sur l’épreuve de précision, donc parallèlement au travail du ballet, j’ai bossé les 6 figures de façon systématique et répétitive.
Je suis arrivé la veille de la compétition histoire de prendre mes marques et de tester le vent de Malo les Bains. Voyant que tout rentrait comme chez moi, je ne pouvais qu’attendre le lendemain pour montrer le tout aux juges.

Tu voles exclusivement sur la marque française Atelier kites, mais qu’as-tu utilisé pour cette compétition ?
Pour cette compétition, j’ai opté pour l’Avatar en épreuve de Précision avec des lignes de 47m, (du matériel de team pur), je ne voulais pas prendre le risque de perdre des points en figures imposées, sachant que le ballet était risqué. En ballet, j’ai volé avec mon habituel Slash V3 en lignes de 38m.

Comment peux-tu décrire ta domination dans le domaine de la précision ?
Domination, non, quand même pas ! C’est juste que je transpose une technique de vol en team au vol en individuel. Je vole avec une longueur de ligne adaptée à cette discipline, et toujours un peu sous-toilé, et avec un appareil taillé de A à Z pour la précision. Ensuite, j’exécute mes figures en appliquant le règlement sur les pourcentages et la vitesse à la lettre. Cette technique m’a été transmise par Yasu Numata, mon ancien leader en team.

Parle-nous un peu du niveau de la compétition et le manque de pilotes étrangers ?
Le niveau de la compétition pourrait paraître moins haut qu’à certaines années du fait du plus faible nombre de pilotes. Mais c’est seulement le fait de la loi des nombres ! Le niveau est simplement plus dispersé.
La compétition souffre de sa segmentation récente entre le format Stack et le format Freestyle (qui ressemble d’ailleurs de + en + au format Stack). Les gens ne peuvent pas tout faire, il est déjà difficile de se rendre disponible pour un format, alors vouloir faire les 2, c’est mission impossible. Le fait d’isoler les compétiteurs dans tel ou tel format est simplement mauvais pour notre sport. Nous n’avons pas la capacité d’alimenter autant de formats différents.

Encore un nouveau titre pour toi et l’Atelier mais que vas-tu nous préparer maintenant ?
Il est temps pour moi de voler en équipe, le Championnat du Monde à Berck 2018 arrive dans 6 mois. Ce sera notre première participation avec notre nouvelle équipe de Saint Brévin (44).
Pour l’individuel, je vais le mettre de côté car “on ne doit pas chasser 2 lapins en même temps”. Si une belle compétition en individuel approche ensuite après Berck et se fait connaître, alors j’irai !

Le Slash, ton joujou fétiche, a 6 ans, il vient d’évoluer en version V3, tu veux nous en dire un peu plus ?
Oui, année après année, et en observant les pilotes voler avec cet appareil, nous avons compris que les qualités ne font pas tout. Il faut savoir admettre le petit défaut résiduel dans chaque appareil, la petite chose qui bloque la progression. Nous avons donc voulu rendre le Slash plus facile sur le ventre (ailerons plus fins) et un peu plus joueur en inertie (top cross plus légère). Plus facile à ranger aussi et plus facile à démonter (ailerons montés souples), et un poil moins technique de façon générale.

Tu voles depuis pas mal d’années maintenant, tu as vu le cerf-volant évoluer, que penses-tu des changements et de la vision du public ? Que dirais-tu, toi champion d’Europe de cerf-volant, à un novice qui souhaite un jour faire un ballet comme le tien ?
Pour le public, c’est assez positif, les appareils font maintenant tous du bruit, ce qui est plutôt spectaculaire, le freestyle radical semble céder sa place à des tricks plus ludiques, nous sommes en train de retourner vers le visuel, le public est moins perdu, nous regagnons le public avec du vol en team et paire, des individuels qui privilégient la musique et les émotions, mais aussi la technique habile de jolis posés, de belles lignes droites et des prises de risque limitées, sachant qu’un cerf-volant par terre ne fait pas beaucoup plus de spectacle qu’une tondeuse… !
A un novice, je lui dirais de partir pour minimum 5 années de vol avant de se retourner. C’est du long terme ! Ensuite, je lui dirais de se former sur le vol et le réglage plutôt que de multiplier les achats de matériel. Et cela s’apprend surtout sur les festivals et les compétitions, simplement en allant discuter avec des pilotes plus expérimentés que soi. Ces pilotes sont là pour vous, ils sont là pour vous transmettre ce que d’autres leur avaient aussi transmis. Et comme dernière chose, je dirais qu’il faut y passer du temps, il faut voler et regarder les autres, à un moment, vous remarquerez qu’ils ne sont pas si forts que ça et qu’ils ne sont pas magiciens. Ils volent et regardent les autres eux aussi depuis des années.

Dernière question, que pouvons nous te souhaiter pour l’avenir ?
Du bon vent, du soleil, et des festivals. Sinon à quoi bon… 😉 !

Mathieu Mayet Champion d’Europe 2017 en Individuel 2lignes.

 

3 pensées sur “Interview exclusive avec le nouveau Champion d’Europe 2017 STACK en Individuel 2 lignes

  • 01/11/2017 à 19:44
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    je vient de lire ce que dit Mathieu , il est une légende pour nous, mais il fait tellement de bien a notre sport , j’ai récemment été spectateur d’une épreuve régional et c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de pilote, je pense que c’est plus parce que le niveau est très haut tellement haut qu’il est inatteigniable pour des pilotes de mon niveau.

     
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