Bienvenue dans le monde de Frédérique Riquier

Dans ce monde cerf-volistique, il existe des personnages, peu connus pour certains, mais riches en parcours et en expérience.

C’est à la Turballe que nous avons croisé Frédérique Riquier. Le cerf-volant, les festivals, les voyages … elle en connaît un bout !

C’était un plaisir de la rencontrer, nous voulions vous faire partager son expérience de l’international.

 

Quels pays as-tu visités ?

En tant que cerf-voliste, j’ai participé à des festivals en Espagne, Italie, Angleterre, Portugal, Turquie, Liban, Kazakhstan, Inde, Singapour, Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Brésil. J’ai organisé un festival en Syrie, (avant la guerre bien sûr), quelques événements aussi en Tunisie.

Tu organises un festival à Martigues ?

Pour expliquer mon parcours et bien sûr ma vie actuelle, peut-être faut-il remonter dans le temps, en 1997 plus précisément. Cette année-là la Ville de Marseille me confie l’organisation de la Fête du vent. Je ne connais absolument rien au cerf-volant et j’ai tout à apprendre. Jusque-là ma carrière professionnelle a toujours été consacrée aux enfants, en difficulté ou pas. Ils ne peuvent être absents d’un projet « fête du vent ». A titre personnel, j’ai toujours aimé voyager et découvrir. Mes premiers voyages en Asie ont changé ma vision de la vie. C’est avec ces acquis que s’est construite la « fête du vent ». Festival international, au sein duquel se partagent traditions, cultures diverses, passion du cerf-volant et… convivialité. S’y oublient les conflits de race, religion, politique etc. Tous les cerfs-volistes invités ont adhéré à cette vision et c’est ainsi que nous sommes partis tous ensemble pendant 7 ans à la rencontre des enfants dans les écoles et centres sociaux du département et que 100.000 personnes se joignaient à nous le temps d’un week-end de vol.

Le festival de Martigues, bien que de moindre ampleur, repose sur les mêmes principes : Ateliers internationaux en semaine pour les jeunes et week-end en vol. Il est placé bien sûr sous le signe du partage et de la convivialité.

Quelles différences entre les festivals d’ici et d’ailleurs ?

Question que l’on me pose souvent et pour laquelle je ne peux vraiment répondre. Pour moi, le fond et la forme d’un festival sont à l’image de l’organisateur ou de l’équipe organisatrice. Les gens évoluent, les festivals aussi, on n’attache pas tous de l’importance aux mêmes choses. Heureusement, peut-être. Vive la diversité, non ? Il parait qu’il y a des festivals (parmi les plus grands) qui sont tournés vers les cerfs-volistes, d’autres vers le public. En ce qui me concerne, je ne peux mettre en œuvre cette dualité : un cerf-voliste bien accueilli, avec un organisateur à son écoute, donnera forcément le meilleur de lui-même au public.

Mais toi ton truc c’est quoi, la culture du pays ou l’identité du cerf-volant dans chaque pays ?

Le cerf-volant est bien sûr le vecteur de ces voyages. Mais Lorsque je suis invitée, y compris à l’autre bout du monde, il y a tant à découvrir de la culture, des traditions, des mille détails de ce qui fait le quotidien du peuple qui m’accueille que forcément, c’est un tout. J’ai appris la tolérance, l’acceptation de la différence et donc à ne pas arriver avec ce qui pourrait être des certitudes d’occidentale. Mes voyages en Inde, par exemple, lorsque j’en parle déclenchent toujours des réactions plus ou moins mitigées, voire négatives. Aie, revoilà la pauvreté, la saleté, nos clichés d’occidentaux quoi ! Réalités qu’on ne peut certes nier mais est-ce que l’Inde se résume à ça ? J’espère simplement rendre aux indiens un peu de tout ce qu’ils m’apportent.

Question existentielle ! Pour une femme seule en voyage, aussi longtemps, pas de soucis ?

Haha ! Question récurrente ! Que répondre ? Je n’ai effectivement pas peur. Il ne me semble pas être inconsciente, mais je ne me suis jamais retrouvée dans une situation périlleuse. Mais peut-être parce que je ne m’y suis jamais mise non plus. L’essentiel est tout de même de respecter les us et coutumes du pays d’accueil. C’est un peu ce que je disais plus tôt, ne pas arriver en terrain conquis, avec ses certitudes d’occidentale. Ce n’est pas parce qu’en Europe on peut se promener en maillot de bain sur la plage que ça sera le cas partout dans le monde. Et ce n’est pas à moi de changer les coutumes d’un pays quoique je puisse penser de leur mode de vie. Les choix appartiennent aux gens, leur (r)évolution aussi.

Comment sont accueillies les femmes cerfs-volistes à l’étranger ? Comme des phénomènes, des stars, ou tout le contraire ?

C’est vrai que dans les pays à forte et ancienne culture, traditionnellement, le cerf-volant appartient au domaine masculin. Il m’est arrivé très très rarement, 2 fois en fait en 20 ans, c’est négligeable, non ? d’être mal accueillie. Mais c’était plutôt lié à ma condition de femme et non de cerf-voliste. Même s’il y a finalement peu de femmes cerfs-volistes dans le monde, même s’il m’arrive à l’étranger d’être la seule femme cerf-voliste sur le terrain, j’ai toujours été bien accueillie et parfaitement respectée. Comme quoi tout est toujours en évolution n’est-ce pas ? Y compris les traditions bien ancrées. Les hommes sont prêts à évoluer. Cela dit sur le terrain, je suis cerf-voliste, femme certes mais d’abord cerf-voliste.

Tu as certains gros cerfs-volants, pas simple quand le vent est fort. Tu fais comment ? Help me help me, et ça marche ?

Aie c’est ce que ferait un homme moins costaud que les autres ? Je plaisante

Non en fait j’essaye d’être entièrement autonome y compris pour porter mes sacs. Je limite donc la taille de mes cerfs-volants à ce que je suis capable de gérer. Je joue la sécurité, un bon ancrage, la ligne fixée avant même d’envoyer les cerfs-volants, une ligne par cerf-volant. S’il y a un gros coup de vent tout le monde sera en difficulté et donc pas forcément disponible pour un coup de main si je me suis ratée. Donc sécurité et anticipation.

Comment sélectionnes-tu tes invitations ?

Bien plus simple depuis que je ne bosse plus. Primo, je respecte la parole donnée, c’est important. Si je me suis engagée à participer à un festival, je m’y tiens, même si une invitation arrive plus tard pour un pays que je ne connais pas par exemple ; ça peut être une porte qui se ferme, certes, mais un engagement est un engagement, de même que j’ai un contrat moral sur un terrain pour faire de mon mieux quoi qu’il arrive.

Quels pays aimerais-tu voir encore ?

L’Amérique latine m’attire. J’ai été au Brésil à la rencontre des cerfs-volistes locaux et des conviviales qu’ils organisent régulièrement. Il leur est malheureusement bien difficile d’organiser un véritable festival. Cérol (manja locale) et financement posent problème

Mais le Guatemala et ses cerfs-volants géants waouh ! Je pense que l’on doit ressentir cette émotion que j’ai ressentie à Bali, ce frisson lié à la beauté, à la symbolique, à la ferveur des gens, enfin tout ça quoi !

Et bien sûr pourquoi pas la Colombie ou le Chili !

Mais dis-moi, du coup tu parles plusieurs langues, c’est essentiel non ?

Essentiel je ne sais pas ! Mais important pour saisir un peu de l’âme du pays mais aussi par respect pour le pays d’accueil. Les formules de politesse (je suis française quoi, le pays de la politesse à ce qu’on dit), les phrases courantes du quotidien, c’est un peu le signe que l’on est bien chez eux non ? Et qu’on est prêt à s’adapter, à partager, à accepter l’autre tel qu’il est…enfin tout ce qui est important pour moi quoi !

Du coup lesquelles maîtrises-tu ?

Anglais, Espagnol, Portugais, Italien, et 3 mots Indonésiens, 3 en Allemands et 4 Malais 🙂

Mais comment fait-on pour être invité partout comme toi ?

C’est une longue histoire qui a commencé avec l’organisation de la fête du vent. Ignorante de tout en matière de cerfs-volants, je me suis déplacée sur quelques festivals français pour voir comment ça se passait, rencontrer des gens, discuter… Dans le même temps, la fête du vent s’internationalisait, accueillait de plus en plus d’étrangers. Je ne peux pas parler de contraintes parce que je ne les vivais pas comme contraintes, mais il faut aller chercher les invités à l’aéroport, parfois au milieu de la nuit, les amener chez le dentiste, chez le docteur si besoin, les emmener en balade, manger tous ensemble à la maison, pourquoi pas et surtout passer 15 jours tous ensemble pour les ateliers. Des amitiés et des liens forts avec beaucoup de cerfs-volistes se sont créés, qui connaissent ma famille etc. Reproche pour certains mais grand bonheur pour d’autres, je fonctionne à l’affectif en essayant de donner le meilleur. La preuve que ça marche, les liens ne se sont pas dissolus lorsque j’ai quitté la fête du vent. Nous avons toujours beaucoup de plaisir et d’émotion à nous retrouver. Et puis avec le temps, le nombre d’amis s’accroît !

Finiras-tu finalement ta vie en France ou un pays te fait-il de l’œil ?

Aie encore une question existentielle !

Impossible de prédire l’avenir ! Mais par le passé la question s’est posée et j’ai longtemps cherché l’endroit idéal ou poser mes valises. Sans trouver la perfection. Alors peut-être qu’elle n’existe pas ou peut être que tel le cerf-volant j’ai besoin d’un point d’ancrage pour voler haut et fort.

Quels sont tes pays et tes festivals préférés ?

Comme je le disais chaque festival est tellement différent ! Comment choisir ? Et choisir un pays quel dilemme ! En fait je suis plutôt bien partout ! Mais j’ai bien un petit faible pour les cerfs-volants de Bali ! Honte à moi, Je ne suis pas très fan de Bali et de ses attraits touristiques. Rien à dire sur l’organisation du festival en lui-même, bien organisé, sympa et tout bien mais dès qu’on laisse la place aux locaux, là il se passe quelque chose d’indicible pour moi. Le grand frisson ! La beauté à l’état pur ! L’émotion viscérale !

Les festivals Français ne te disent rien ? Préfères-tu des organisations plus confidentielles ?

Mes vagabondages au bout du monde ne signifient pas bien sûr que je délaisse volontairement les festivals français. Mon calendrier est certes bien chargé mais tout de même. Non j’ai plaisir aussi à me déplacer en France, à rencontrer d’autres personnes, même si effectivement j’y ai tendance à préférer les festivals ou convivialité et bonne organisation prévalent.

Comment la France et les cerfs-volistes Français sont-ils accueillis à l’étranger ? Comme une référence ou pas ? Qui y croises-tu ?

J’ai toujours été surprise de la connaissance qu’avaient les étrangers de la France. A minima la Tour Eiffel, les Champs Elysées, quelques noms de grande ville, le nom du Président… Pas sure que ce soit réciproque ! On n’est pas forcément une référence en matière de cerf-volant, pas plus que d’autres pays européens. Et que c’est bon parce qu’en fait ça leur permet de garder leur tradition et de ne pas nous recopier, ce qui appauvrirait grandement le monde du cerf-volant. Pour eux par contre on est plutôt le pays de la révolution française, de la démocratie etc. C’est quand même pas mal ! En fait on est accueilli un peu comme on s’adapte. Il arrive bien qu’on rencontre quelques cerfs-volistes grognons qui oublient d’ouvrir leurs yeux et d’apprendre de l’autre. Mais dans l’ensemble, on rencontre de belles personnes. La démarche d’aller voir ailleurs est déjà en elle-même significative, non ?

Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter maintenant ?

Encore beaucoup de belles rencontres et que le partage de notre passion avec le plus grand nombre porte ses fruits pour que le relève soit assurée, que la jeunesse relève le défi de rendre au moins un petit bout de monde meilleur.

Merci Fred !
Frédérique poste régulièrement des images de ses voyages sur son compte Facebook, n’hésitez à la suivre.

L’équipe d’Addict Kite

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une pensée sur “Bienvenue dans le monde de Frédérique Riquier

  • 28/07/2018 à 18:42
    Permalink

    Combien gagnent les personnes invitées sur les festivals svp ?

    Répondre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :