Les questions au juge Nicolas Le Roux.

Bonjour et merci de prendre le temps de répondre à nos questions.

Tout d’abord commençons par le début, qui es-tu, d’où viens-tu ?

Hello à tous, Nicolas Le Roux, aka La Botte Secrète. Je suis morbihannais de naissance, angevin d’adoption, clermontois de cœur et francilien de domiciliation. Pilote engagé depuis bientôt dix ans, je suis impliqué à différents degrés dans la discipline acrobatique.

Depuis combien d’années es-tu dans l’univers du cerf volant et quel a été ton parcours ?

Brièvement, j’ai découvert le cerf-volant et l’activité en 2008, lors d’un festival à Penvins (56). Depuis, je me suis entrainé de longues heures sur ce magnifique spot, et j’ai rencontré de nombreuses personnes du milieu qui m’ont beaucoup apporté et m’ont fait évoluer, chacune à leur manière. Au gré du vent et de ces rencontres j’ai affiné mon style et affirmé mes compétences.

Actuellement je suis secrétaire d’une association sportive : le Semi-Croustillant Kite Clübb (S.M.K.C.), affilié à la Fédération Française de Vol Libre (F.F.V.L.). Son but est de promouvoir la pratique du cerf-volant acrobatique, que cela soit dans un but éducatif, ou pour de la découverte de notre environnement de vol ou à des exigences plus techniques comme la préparation à la compétition.

En parallèle, je  suis également membre de l’équipe de France jeune, encadrée par Steff Fermé, ayant pour objectif de valoriser le cerf-volant acrobatique. Cela passe par la présentation sur des manifestations des différentes formes: le deux ou le quatre lignes. Ainsi cette équipe est une combinaison des catégories représentées au sein de la F.F.V.L., une juste démonstration de la technicité et des multiples possibilités offertes par nos appareils.

Enfin, je possède une double compétence fédérale : juge fédéral et directeur de terrain (D.T.). J’ai d’ailleurs eu récemment le plaisir de pouvoir exercer comme D.T. à la coupe d’Europe 2017, organisée à Dunkerque. J’ai également été présent sur les 3 derniers championnats du monde à Berck-sur-Mer comme juge de ligne, dans le cadre de leurs Rencontres Internationales de Cerf-Volant.

NDLR : Pour plus de détails sur le parcours et la personnalité de Nicolas, nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir l’article « champions story » que nous avions écrit l’an passé sur ce pilote au style exotique. https://www.addictkite.com/champions-story-nicolas-roux/

 

« Devenir ou être Juge », que cela représente-t-il pour toi ?

J’ai passé mes formations fédérales en 2015/2016, initiées par Nicolas Lormeau, alors président de la Commission Nationale Cerf-volant (C.N.C.V.). Il m’a poussé à faire ce parcours fédéral pour officialiser et faire reconnaitre mes compétences. Pendant mes études j’avais mis en off la compétition mais j’avais toujours l’envie de découvrir l’envers de la fédération. L’idée était de comprendre son rôle pour appréhender les notations ou mieux identifier des critères de jugement.

 

Quel est ton rôle dans une compétition ?

En compétition je peux être directeur de terrain ou juge, je vais donc vous glisser leurs rôles, chacun ayant une position certes distincte durant l’évènement mais avec des responsabilités toutes aussi importantes.

Le directeur de terrain dirige toutes les activités sur le terrain de compétition. A ce titre il est le garant de nombreuses missions.  Il doit vérifier premièrement la taille du terrain et assurer la sécurité des compétiteurs et des juges. De plus, il informe les compétiteurs que les juges sont prêts à évaluer leur performance, il contrôle la vitesse du vent, il gère et surveille le timing général. En effet, il chronomètre les temps écoulés et veille à leur respect avec par exemple un temps de préparation et un temps de prestation impartis en fonction de la catégorie, il comptabilise le temps des éventuelles chutes d’appareils…  Le D.T. contrôle les déplacements des compétiteurs sur le terrain en leur imposant une zone d’entrée et de sortie de l’aire de compétition. C’est aussi le relais essentiel avec la sono afin de lancer les musiques pour les épreuves de ballet. Avec l’aide de ces accesseurs, les juges de lignes, le directeur de terrain avertit quant au dépassement de la ligne jaune afin de prévenir  toute élimination quant au franchissement de la ligne rouge. En résumé, c’est une personne indispensable lors d’une compétition.

Plus personnellement, quand je suis directeur de terrain, j’essaye également de rassurer au  maximum les compétiteurs, l’idée étant de les mettre à l’aise,  dans les meilleurs conditions afin qu’ils puissent démontrer aux juges le meilleur de leur potentiel et exprimer à fond leur talent.

Juge, c’est un rôle totalement différent ! Contrairement au directeur de terrain qui est là pour les compétiteurs, à les materner parfois, le juge c’est un peu le mauvais rôle. Celui du professeur qui sanctionne par la notation. Il faut alors savoir faire preuve d’objectivité. Il s’agit également de rester ouvert d’esprit, il faut juger ce que l’on voit et non pas ce que l’on s’attend à voir. Tu dois évaluer la performance de façon juste et équitable sans prendre en compte tes gouts personnels pour la musique ou le modèle de cerf-volant.

Rester impartial est la clef. La sphère du cerf-volant est un monde où la majorité des compétiteurs se connaissent. Et quand le juge est passé, comme moi, par le chemin de la compétition fédérale en tant que pilote, il les connait, nécessairement. Il sait ce dont ils sont capables (du meilleur, même si en direct il doit noter le pire…). Il faut toujours garder en tête que le classement à l’issu de l’épreuve reflète le niveau de la performance lors de la compétition, dans les conditions de vol, qui sont parfois capricieuses ou très changeantes d’un pilote à l’autre. Mais ces paramètres ne doivent en aucun cas influer ton jugement.

 

Aujourd’hui plusieurs formats se mettent en place en plus du format classique STACK, quel regard portes-tu sur ces nouveaux formats ?

On parle STACK ou Freestyle ? Je pense même que les deux se valent. Le principal est de savoir ponctuer et styliser son vol. Je m’explique : quel intérêt de faire uniquement des tricks sans une précision maitrisée et inversement ? Chaque format, chaque école a ses valeurs et les deux doivent savoir coexister, se respecter, se parler au profit de leur art commun, de leur discipline, de notre discipline. Hip/Hop ou tango, Street ou Classique ? Chacun à ses gouts, ses attentes et ses atouts mais rien ne nous empêche d’écouter l’autre et de s’imprégner pour se faire plaisir avec. Nous avons le choix, alors profitons-t-on en ! Cultiver sa différence c’est intéressant seulement si c’est pour mieux valoriser l’activité. A mon sens je dirai même que les formats actuels peuvent se révéler complémentaires. Après, passer par le modèle compétitif fédéral c’est s’offrir le luxe d’une pleine légitimité.

Rappelons que le cerf-volant français avec sa fédération est la seule, au monde, à avoir une délégation ministérielle pour la gestion du cerf-volant en tant que sport, à avoir des clubs affiliés, des pilotes licenciés et des compétiteurs inscrits dans des compétitions officielles. La F.F.V.L. est l’unique instance à avoir l’autorisation de mettre en place un championnat national, des titres sportifs nationaux ou même des diplômes de cerf-volant nationaux délivrés par le Ministère des Sports lui-même. Au-delà, les différents formats engendrent des différences de buts, de critères, de notations, de style.

N’oublions pas que la compétition doit être pour les pilotes. Ce sont eux les premiers et principaux acteurs. Faisons attention à ne pas les dégouter.  Chacun à son idéal, chacun fait son truc. Des initiatives sont lancées, des compétitions de freestyle sont désormais soutenues par la F.F.V.L. C’est bien mais ne risque-t-on pas de s’égarer à vouloir diversifier ou ramifier encore plus le cerf-volant ? Ou tout du moins d’égarer les compétiteurs restants ? Je pense sincèrement que le cerf-volant acrobatique est dans une olympiade charnière. Nous étions et nous devons continuer sur une dynamique initiée il y a quelques années par le précédant bureau du CNCV. Actuellement, c’est plus précisément à la commission compétition que le problème se pose. C’est à elle, qu’advient la difficile responsabilité de décider et d’orienter la compétition dans les futurs mois.

Uniformiser ? Imposer un format unique ? Cela ne plaira pas à tout le monde et établira des tensions, des rejets, voir des boycotts. Il s’agit désormais pour la commission compétition de faire le(s) choix juste(s). Et j’ose vous poser une question : et si comme le cerf-volant parfait, la « juste » compétition n’existait pas ?

 

2018 arrive à grands pas quels sont tes projets et où pourra-t-on te voir juger ?

Mes ambitions ? La compétition. D’ailleurs, je vous donne rendez-vous aux prochains championnats de France avec de séduisantes ambitions… L’avenir ne se prévoit pas, mais il se prépare!

 

Encore une petite dernière pour ceux et celles qui n’osent pas se confronter à des compétitions ou à des juges: Que pourrais-tu leur dire pour qu’ils franchissent le cap ?

Faites de la compétition !  Via le STACK, les régionales sont là pour s’initier et comprendre le système. Les formats orientés plus freestyle sont aussi d’autres variantes, d’autres propositions, d’autres modèles peut-être et d’autres opportunités mieux adaptées pour vous. Si l’objectif est de s’améliorer alors il ne faut pas se restreindre. Essayer et vous verrez! Si cela vous plait vous continuerez et pourrez-vous amuser à titiller les podiums voir tutoyer les meilleurs. Dans le cas échéant, c’est instructif car vous saurez que ce n’est pas votre tasse de thé mais avec l’entrainement et le temps investit vous aurez dans tous les cas progressé !  Testez, allez à la rencontre des compétiteurs et des spots ; en plus il existe plusieurs formats, donc chacun peut y trouver son bonheur.

De mon point de vue la compétition peut s’avérer, et est pour certains, la meilleure école. C’est un excellent apprentissage, une façon de progresser qui a fait ses preuves. Les tops pilotes d’hier ou d’aujourd’hui sont tous un jour passés par la case compétition.  C’est aussi un moyen de se faire connaitre, reconnaitre officiellement. Les vidéos c’est bien, parcourir les forums un beau passe-temps mais partager, échanger et voler en direct c’est mieux.

Je me suis entrainé au format S.T.A.C.K. mais aussi à d’autres plus libres comme le « Trick-party ». Honnêtement pour la maitrise des figures c’est réellement très formateur ! Même en training devoir se donner un « in » et « out » ajoute un stress. De plus, être capable de sortir les tricks, les réussir aux moments clés et décisifs sur le rythme la musique demande beaucoup d’entrainement, une technique parfaite et une maitrise total. Même une compétition informelle en fin de session individuelle ou entre potes, cela fait énormément progresser.

Au final, il n’apparait pas de meilleures ou de « justes » manières de faire de la compétition ou de voler. Elles sont propres à chacun, acquis par nos expériences, nos fréquentations et nos envies. Cet objet volant que nous nommons cerf-volant, même sportif, reste à la base un loisir, une activité ludique, une aventure aérienne quel qu’en soit la technique. Depuis des millénaires, avec ou sans institution, avec ou sans compétition, il est et reste une invitation à s’aérer l’esprit et le corps…

Sur ce, bonne méditation !

 

Merci encore pour le temps passé et ces réponses, c’est grâce à vous tous que Addict Kite leMag existe.

Damien CHAPERON

 

 

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